Echevinage

En 1313, Barthélémy de la Féraudie donnait au Maire et Échevins de la ville, une maison sise dans la rue « par où l’on vait du Pilory au Groux Sin » (rue de l’Horloge actuelle). Quatre années plus tard, Madame Pétronille, veuve de Giraut de la Féraudie, donnait aux mêmes, une seconde maison contiguë à la première, dont les dépendances communes avec celles de son beau-frère, s’étendaient sur toute la rue « par où l’on vait du Groux Sin à la Paume » (1) (rue de l’Echevinage) et une partie de la rue « par où l’on vait du Groux Sin au quarrefour des Forges » (rue du Jeu de Paume). Ce sont ces deux maisons qui réparées, devinrent l’Echevinage.

Plan Echevinage 1930
Plan Echevinage 1930

Sensiblement, l’ensemble formait un vaste trapèze, dont les côtés étaient formés :

1) par une suite de murs des maisons partant du n° 7 au n° 25 inclus de la rue des Bancs, lesquelles avaient vue sur la maison de l’Echevinage par leurs ouvertures postérieures des étages supérieurs ;
2) les maisons de la rue de l’horloge portant présentement les n° 26, 28, 30 et 32 ;
3) un mur de clôture et des servitudes longeant toute la partie droite de la rue de l’Echevinage ;
4) une ligne droite partant du coin de la maison du Docteur Emerit à un quéreux de trois mètres environ de largeur, longeant une partie de la façade postérieure de la maison actuelle de M. Etienne Clais, rue du Jeu de Paume. Ce quéreux était commun à trois maisons qui y avaient des ouvertures, savoir : la quatrième part de l’Echevinage, achetée en 1765 par le nommé Gayet, et les deux maisons portant les n°s 25 et 27 de la rue des Bancs, appartenant actuellement à M. Etienne Clais.

Après la transformation des deux maisons données au Maire et Échevins en 1313 et 1317, on voyait dans cet immeuble :
1° la salle des Mésées (2) pouvant contenir au moins deux cents personnes, nombre qui a été dépassé après l’adjonction de cent notables bourgeois aux cent membres réguliers dont était formé le Corps de Ville.

2° La salle de justice qui était un peu moins grande; (de 1204 à 1566, ce sont les Maires et Echevins qui rendirent la justice dans les cas prévus par l’ordonnance royale de Philippe-Auguste, ci-dessus mentionnée, révisée et complétée par Philippe VI de Valois au mois de juillet 1331). Quelques conseillers nommés « procureurs aux causes », ainsi que le prévôt du Roy ou Juge prévôtal, étaient spécialement convoqués pour assister le Maire et les Échevins aux séances de Justice.

(1) Sin : cloche, tocsin.
(2) Mésée : Réunion mensuelle (ou hebdomadaire) du maire, des conseillers et des pairs de la commune.

3° La salle la plus vaste qui servait aux grandes assises royales et pouvait contenir plus de 300 personnes.

Les salles pavées, étaient jonchées de paille en hiver et de joncs fraîchement coupés en été.

Ce qui reste de l'Echevinage
Ce qui reste de l’Echevinage

En plus des trois grandes salles ci-dessus, des pièces spéciales étaient affectées aux divers services de l’Echevinage ; le roi y avait aussi des appartements pour lui et ses officiers, lorsqu’ils se réunissaient pour les grandes assises. (En 1462, Louis XI y séjourna plusieurs mois ; en 1466, mécontent du parlement de Bordeaux, le roi l’exila en quelque sorte à Saint-Jean-d’Angély, où il tint ses séances du mois de Février au mois de Juillet.)

Dans la cour principale, on voyait la cloche annonçant l’ouverture et la clôture des délibérations du Corps de Ville, ainsi qu’un bâtiment servant de prison haute ; dans les immenses caves et souterrains qui s’étendaient sous la plus grande partie de la façade donnant sur la rue de l’Horloge, il y avait la prison basse et au-dessous, les cachots nommés basses-fousses.

Par un registre trouvé il y a près d’un siècle dans la seigneurie du Bellay par l’abbé Guérin, premier vicaire de la paroisse de Saint-Jean d’Angély, desservant celle de Saint-Denis-du-Pin dont le Bellay dépendait, nous savons qu’en 1528 ou 1530, sous la mairie de Pierre Brun, sieur de Saint-Martin, une porte monumentale fut ouverte dans la façade principale de l’Echevinage ; nous savons également de plusieurs sources, que cette porte avait été ouverte au milieu de la façade ; qu’elle était de style flamboyant et que de nombreuses sculptures ornaient toute cette partie du bâtiment donnant sur la rue de l’horloge actuelle.

En 1764, l’Echevinage menaçait ruine ; faute d’argent, on y fit des réparations insuffisantes et, au mois de février de l’année suivante, il s’écroulait. Quelques jours après, le 7 mars, le Corps de Ville et les notables bourgeois de la commune se réunissaient dans une salle des R. P. Jacobins. Les ressources de la commune ne permettant pas la reconstruction, les murs furent rasés à la hauteur que nous voyons encore à l’angle des rues de l’horloge et de l’Echevinage. Les matériaux et l’emplacement furent vendus à divers acquéreurs pour la modique somme globale de six cents livres.

Le seul souvenir qui nous reste aujourd’hui de l’Echevinage réside en une petite porte très élégante, ouverte en 1392 dans la rue de l’Echevinage et les deux fenêtres qui l’accompagnent. On voyait jadis dans le tympan de la porte les armes de France soutenues par deux cerfs ailés ayant pour cimier une tête de cerf. Malheureusement, la mauvaise qualité de la pierre qui s’effrite, en a altéré les lignes, déformé les sculptures et aujourd’hui, il est à peu près impossible de reconnaître dans ces vestiges informes, la devise de Charles VI.

En plus d’un rez-de-chaussée, la tour avait deux étages et se terminait par un comble conique avec lucarne sur le devant de laquelle la vue dominait le faubourg Taillebourg et assez loin sur les routes de Saintes et de Rochefort. On avait accès dans la tour par un bel escalier en pierre avec rampe en fer forgé du XIVe siècle.

Malheureusement pour les amis de notre vieux Saint-Jean, la tour de l’Echevinage, ignorée de la généralité des Angériens et aussi, peut-être, des érudits de l’époque, fut sacrifiée et démolie avec ses sœurs aînées, les vieilles masures contenues dans ce vieux coin.
Ces vestiges de l’Echevinage sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Source gallica.bnf.fr / BnF

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